Je ne vais pas vous mentir : l'Égypte n'était pas en tête de ma liste. Et la sécurité là-bas me faisait franchement peur. On entend tellement de choses... Et puis j'y suis allée. Et je n'ai pas une seule fois senti le moindre danger, pas une seule fois été importunée. Juste un pays qui vous accueille, vous bouscule, et vous marque.

Le Caire : le chaos qui envoûte

Le Caire arrive sur vous comme une vague. Les klaxons, les odeurs d'épices et d'échappement mêlées, les voix qui se superposent en arabe, en anglais, en rires. On est dépassé les premières heures, puis on se laisse porter.

Ce qui m'a frappée, c'est l'énergie. Une ville de 20 millions d'âmes qui vit à ciel ouvert, où les thés à la menthe se servent à toute heure dans des verres dorés, où les marchands du Khan el-Khalili vous accueillent avec un sourire sincère avant même d'essayer de vous vendre quoi que ce soit. Le Caire est bruyant, surchargé, magnifique.

J'ai passé une matinée entière à me perdre dans les ruelles du vieux Caire islamique — les mosquées se succèdent, les minarets percent le ciel doré, et à chaque coin de rue, une porte sculptée raconte plusieurs siècles d'histoire. Ce genre de matinée qu'on ne planifie pas et dont on se souvient longtemps.

Les pyramides de Gizeh : l'effet que personne ne vous dit

Tout le monde connaît les pyramides. Tout le monde en a vu des photos. Alors pourquoi, quand elles apparaissent pour la première fois dans le rétroviseur du taxi, on retient son souffle ?

Parce qu'elles sont impossibles. Pas au sens figuré — au sens littéral. Vous les regardez et quelque chose dans votre cerveau refuse d'accepter qu'elles aient été construites par des mains humaines il y a 4 500 ans. L'échelle est trompeuse de loin, écrasante de près. En bas, vous vous sentez infiniment petit, et c'est exactement le bon sentiment.

Ce que personne ne vous dit, en revanche : il faut y aller tôt. Très tôt. À l'ouverture, à 8h, la lumière est dorée, les cars de touristes ne sont pas encore là, et les pyramides se découpent dans un silence presque irréel. Ces deux heures-là valent tout le voyage.

Et le Sphinx ? Plus petit qu'on ne l'imagine, mais d'une présence étrange. On le regarde, et on a l'impression qu'il vous regarde aussi — avec cette expression entre la sérénité et le secret qu'il garde depuis des millénaires.

Le Nil : quelques heures suspendues

On n'avait pas prévu de croisière. Juste quelques heures sur une felouque — ces petits voiliers en bois qui glissent sur le Nil depuis des siècles, sans moteur, sans bruit, avec pour seule compagnie le vent et le courant.

Et c'est précisément ce qui en a fait un des meilleurs moments du voyage. Juste nous deux, le batelier, et le fleuve. Les berges défilent doucement : des fellahs qui cultivent, des enfants qui agitent la main depuis la rive, des hérons immobiles dans les roseaux. L'Égypte d'aujourd'hui et celle d'il y a 4 000 ans coexistent sans effort de ce côté-là de l'eau.

Quelques heures suffisent pour comprendre pourquoi le Nil est l'âme de ce pays. Pas besoin d'une semaine de croisière — parfois, une après-midi sur une felouque en dit plus long que n'importe quel guide.

Hurghada : plonger dans la mer Rouge

Depuis Le Caire, un vol intérieur d'une heure suffit pour basculer dans un autre monde. Exit le béton et l'agitation — Hurghada, c'est le bleu. Un bleu presque violent, d'une transparence qui fait un peu l'effet d'un mensonge la première fois qu'on le voit.

On n'y a passé qu'une journée, entièrement dédiée à la plongée. Et quelle journée. La mer Rouge mérite vraiment sa réputation : les fonds sont d'une richesse impressionnante, les coraux intacts, les poissons curieux et peu farouches. Sous l'eau, on oublie tout le reste. Le temps, la chaleur, l'agitation du voyage — tout disparaît.

Marsa Alam : le luxe de ne rien faire

Après le rythme effréné du Caire et l'intensité des pyramides, Marsa Alam était une évidence. On a posé les bagages dans un hôtel 5 étoiles face à la mer, et on a décidé de ne rien décider.

Quelques jours à ne faire que ça : se lever sans alarme, déjeuner en regardant la mer, lire à l'ombre, se baigner. Le genre de pause qu'on s'accorde trop rarement et qu'on regrette toujours de ne pas avoir prolongée. Le cadre — piscine à débordement, plage privée, cuisine généreuse — faisait le reste.

Marsa Alam est encore préservée du tourisme de masse. On y croise peu de monde, l'atmosphère est douce, presque confidentielle. Si vous cherchez à vraiment décrocher, c'est ici qu'il faut aller.

Le snorkeling : des fonds qui coupent le souffle

Sur le retour, quelques nuits dans un reef réputé pour son snorkeling — et la promesse n'était pas usurpée. Masque et tuba, c'est tout ce qu'il faut ici.

À quelques mètres du bord, le spectacle commence : des coraux d'un orange et d'un violet éclatants, des bancs de poissons multicolores qui virevoltent sans s'affoler de votre présence, des tortues qui glissent avec une grâce souveraine et absolument indifférente aux humains. On reste là, le visage dans l'eau, à ne plus vouloir remonter.

On espérait croiser un dugong — ces paisibles mammifères marins qu'on aperçoit parfois dans ces eaux. Cette fois, pas de chance. Mais honnêtement ? Les tortues seules valaient le détour. Et cette excuse-là, j'avoue qu'elle me convient très bien pour y retourner.